vendredi 13 juillet 2012

Fin de la transmission

Toute aventure a un début et une fin et c’est aujourd’hui que s’achève notre stage au Centre de Santé Intégré de Ngaoundal. Nous avons passé 6 semaines des plus enrichissantes dans un monde que nous ignorions totalement. Quelques moments difficiles mais surtout une cargaison de merveilleux moments resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Tout n’a pas toujours été facile mais c’est une grande satisfaction qui nous envahit, un sentiment qui nous donne l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile. Voir comment les choses se passent en-dehors de la Suisse et les vivre pleinement aura été un énorme facteur de prise de conscience des avantages (mais aussi des inconvénients) que la vie helvétique nous donne. Le retour sur le plancher des vaches ne sera définitivement pas évident.

Nous tenons à remercier chaleureusement tout le personnel soignant du dispensaire qui nous a accueilli, épaulé et appris bon nombre de choses. Nous remercions aussi les Soeurs de la Charité de Ngaoundal ainsi que Lorenza qui nous ont accueillis, nourris, logés et supportés durant cette période.


La photo de famille (pas au complet).


Après l’effort, le réconfort. Nous sommes officiellement en vacances et prévoyons de visiter quelque peu le pays. Nos familles respectives vont nous rejoindre lundi et nous voyagerons tous ensemble. C’est donc sur ce dernier post que se clôture notre journal de bord dédié à notre aventure au Cameroun. Nous vous remercions tous pour votre soutien et vos nombreuses visites (plus de 5'400, dont probablement la moitié venant de nos mamans !). Nous espérons que vous aurez passé un excellent voyage par procuration et nous vous donnons rendez-vous en chair et en os dès notre rentrée, ou virtuellement lors d’un prochain voyage (qui sait ?).

ENCORE MERCI ET BONNES VACANCES !

samedi 7 juillet 2012

Des trombes d'eau... et d'enfants

Le reste de la semaine a suivi un cours plutôt tranquille. La saison des pluies a véritablement commencé et elle s'accompagne d'une vague de "froid". Étrangement, lorsqu'il pleut, les malades ont tendance à ne pas venir se soigner et les femmes enceintes n'accouchent pas. L'hypothèse la plus plausible est que les pluies violentes rendent les routes boueuses, dangereuses, déplorables, exécrables. Comme il a plu toute la semaine, il y avait très peu de patients en consultations. Seuls quelques irréductibles accidentés de la route sont venus se faire suturer par Sonam. Pendant ce temps, Aurélien comatait dans son lit, littéralement rongé par la pire angine à streptocoques de sa vie.

Vendredi

Le vendredi est arrivé très rapidement. Souvenez-vous, c'est le jour où nous vaccinons habituellement les enfants. Les deux dernières semaines, la vaccination n'avait pas eu lieu, faute de vaccins à disposition. C'est donc une session de trois semaines d'enfants que nous avons vus débarquer. Au total, 3h30 de vaccination et plus de 80 enfants piqués par Sonam et Aurélien (finalement guéri). Autant vous dire que, lorsque nous sommes rentrés, nous avions des acouphènes... Tant pis, on n'ira pas en discothèque ce soir...

Samedi

Nous avons terminé la semaine par un accouchement d'une femme primipare qui nous a demandé toute la matinée si à quelle heure elle allait accoucher et si ça ferait mal. Pour la deuxième question, elle a vite été fixée. Pour la première, chacun a donné son pronostic et c'est finalement à 11h35 qu'elle a eu la confirmation qu'elle avait un garçon avec de grands yeux noirs. Aurélien ayant fait l'accouchement et la libération (sortie du placenta), Sonam s'est attelée à la suture du périnée de la parturiente qui s'était littéralement rompu (malgré les efforts pour qu'il ne le soit pas). Le temps de prescrire une cure d'antibiotiques pour la nouvelle mère et nous terminions notre cinquième semaine. Que le temps passe vite!

lundi 2 juillet 2012

"Il y a oune autrouche déhors au dispensaire!"

Notre semaine a commencé à 3h du matin par un "cours" d'anatomie féminine. Notre praticien formateur nous a fait sortir de notre sommeil parce que ce qui se passait en maternité, nous ne le verrions peut-être jamais dans notre carrière professionnelle. Ça s'est passé ainsi:

  • 3h05: Lorenza frappe violemment contre la porte de la chambre de Sonam et lui crie: "Descends au dispensaire, il y a une tête qui sort!". Sonam en a donc déduit qu'il se passait un accouchement.
  • 3h10: Sonam arrive en salle d'accouchement, juste après avoir enfilé un pantalon et pris sa lampe torche.
  • 3h18: Lorenza frappe violemment contre le porte de la chambre d'Aurélien et lui crie: "Il y a oune autrouche déhors au dispensaire!" (avec l'accent italien). Encore dans son sommeil, Aurélien répond qu'il arrive mais ne comprend pas pourquoi on le réveille pour une autruche...
  • 3h25: Aurélien arrive en salle d'accouchement, juste après avoir hésité à prendre son appareil photo au cas où il y avait vraiment une autruche...
Dans les deux cas, lorsque chacun est arrivé sur le lieu de l'action, il ne s'agissait ni d'un accouchement, ni d'une autruche mais d'un cas de fausse couche avec prolapsus utérin (allez voir vous-même, âmes sensibles s'abstenir). Lorenza avait finalement dit: "Il y a un utérus dehors au dispensaire"...

N'ayant pas le courage d'assister à la fausse couche (6 mois) d'une autre patiente arrivée entre-temps, nous sommes retournés dans notre chambre à 4h pour nous recoucher jusqu'au "lendemain matin" (c'est-à-dire 6h30).

Après les évènements du matin, notre journée officielle de travail a été plutôt calme. Nous sommes partis au village l'après-midi pour remettre du crédit sur notre téléphone portable. C'est en remontant au dispensaire que Lorenza (encore elle!) nous demande si on sait où est la clé pour l'oxygène. Nous lui avons demandé pourquoi, chose à laquelle elle a répondu d'aller voir en salle de réanimation... Décidément...

En arrivant au lieu dit, le collègue de garde s'occupait seul d'une patiente qui venait d'accoucher et il nous a dit d'aller voir dans la salle annexe où le nouveau-né se trouvait. Nous nous sommes présentés devant un petit garçon tout froid et qui ne respirait pratiquement plus. Nous avons alors pris l'initiative de tenter une réanimation. Sonam a commencé a appuyer sur la cage thoracique de l'enfant pour faire sortir le liquide que les poumons contenaient pendant qu'Aurélien s’affairait à aspirer les sécrétions et à administrer l'oxygène finalement retrouvé. Après de longues dizaines de minutes à effectuer ces gestes et à réchauffer l'enfant à la bouillotte et au frottage manuel, l'enfant respirait normalement et était temporairement sorti d'affaire.

Le soir, nous sommes retournés voir le nouveau-né qui pleurait abondamment, signe qu'il allait finalement bien. La couveuse de fortune (bouillotte + quasiment tous les habits de la maman) était toujours en place, comme nous l'avions suggérée à la famille en fin d'après-midi. Qu'on prenne en compte le matin ou le soir, la semaine a commencé chargée d'émotions.

dimanche 1 juillet 2012

Et si on allait se balader?

Pour changer des dimanches habituels de Ngaoundal, nous avons prévu avec Lorenza d’aller visiter un peu l’intérieur des terres. C’est au lac de Mbella Asom que nous nous sommes rendus. Nos précédents trajets en motos à l’intérieur de la ville nous ont tellement enthousiasmés que nous avons décidé d’emprunter ce même véhicule pour rejoindre l’étendue d’eau. Chacun son chauffeur, chacun sa moto, chacun son casque (haha la belle blague !) et après 1 heure à rouler sur des routes mi-goudron mi-terre rouge, nous arrivons au lieu dit. Au passage, le Gouverneur de l’Adamaoua, entouré d’une vingtaine de militaires, était en train de pique-niquer. Comme quoi nous n’étions pas les seuls à vouloir profiter de cette magnifique journée ensoleillée. Un paysage magnifique dans un cadre calme et idyllique s’est dressé devant nous. Les images valant plus que les mots, nous vous laissons en juger par vous-même.

Sonam qui y va "sans les mains".

Lac de Bellason et ses jolis nénuphars.

Lorenza (ENFIN UNE PHOTO) dans les hautes herbes.

La photo souvenir pour dire "on y était!".

Les bœufs qui ont préféré nous montrer leur arrière train.

Deux jeunes pêcheurs sur leur minuscule pirogue (tronc creusé).

vendredi 29 juin 2012

La banane à toutes les sauces

La journée a débuté juste avant la douche par une urgence au dispensaire. Sonam, qui croyait avoir à faire à un accouchement, s’est retrouvée à recoudre l’auriculaire (pelé tel une banane) d’une jeune metteuse en scène de Douala. Cet accident était arrivé le matin dans le même train (il n’y en a pas d’autre) qui nous a amené à Ngaoundal où la patiente à laissé son doigt entre 2 portes. Bref, à 7h00, Sonam s’afférait à recoudre ce petit doigt et Aurélien s’occupait de remettre les tissus sous-cutanés à leur place. Un charmant tableau, surtout lorsqu’il dure jusqu’à 8h30 et qu’on n’a pas encore déjeuné. Et 18 points de suture pour la charmante et courageuse patiente.

Après avoir finalement déjeuné, nous avons commencé notre journée. Entre une femme qui ne voulait définitivement pas accoucher et un défilé d’enfants atteints de paludisme, de gale (épidémie au quartier de la gare) ou de coliques du nourrisson, nous avons été gâtés !

La journée de travail terminée, nous sommes allés à la fête des enfants de chœur dont nous vous parlions et à laquelle nous avons été invités. Celle-ci devait commencer à 15h00 et c’est finalement à 17h00 que les festivités ont débuté. Force de constater qu’il y avait peu à boire, Sonam et Aurélien n’ont pas mis longtemps avant de se « sacrifier » pour descendre au village acheter des boissons. Ni une, ni deux, on a crié « TAXI-MOTO ! » et on est arrivé « Chez l’Algérien » chez qui vous trouverez plus ou moins tout à Ngaoundal. On a acheté quelques bouteilles, on est remonté avec la même moto et on a tout mis sur la table du banquet.

Le repas, venons-en. Un festival de mets locaux était proposé. Entre les cacahuètes torréfiées, les chips de banane, les croquettes, la banane plantin, le riz, le ragout de patate très épicé, le poisson grillé et le ndolé (une sorte d’épinard amer), nous avons été servis ! On a même retrouvé notre vieil ami le bâton de manioc (voir « Un dimanche habituel à Ngaoundal ») ! C’était un véritable festin que les jeunes filles du groupe avaient préparé ensemble au feu de bois depuis midi. Elles avaient improvisé une cuisine à ciel ouvert à-côté de la salle paroissiale.

Table centrale sur laquelle le festin était déposé.
Durant cette fête, de la musique était régulièrement passée entre les différentes interventions de l’animateur. Mais quelle ne fut pas notre surprise lorsque Michel Teló et son "Ai se eu te pego" a été diffusé. Non, les paroles n’ont rien de religieux, bien au contraire. Nous sommes partis dans un fou rire paroxystique lorsque ce même animateur a dédicacé cette chanson à la Sœur Lucie (vous savez, celle de la pharmacie…) ! Le repas s’est terminé par les desserts et un discours très touchant de la part du « bras droit » du curé, discours qui nous était adressé. Nous avons été très étonnés, émus et un peu gênés de tous ces remerciements et de cette attention. Pour l’occasion, Aurélien a eu l’honneur d’ouvrir le mousseux (sorte de Rimus à la pêche) « avec douleur » (c’est-à-dire « avec le bouchon qui pète » ! Le bouchon a traversé la salle, tous les enfants ont crié et applaudi et c’était la tournée générale. Le problème était qu’il n’y avait qu’une bouteille pour environ 70 enfants. Pas facile pour le partage…

Ce n'était pas évident de gérer l'euphorie...

La fête s’est terminée avec une mini-boum de 15 minutes où tous les enfants ont dansé le pinguiss, la danse du moment au Cameroun. Autant vous dire que nous ne nous sommes pas essayés à cette nouveauté un tantinet physique. Nous avons dès lors ajouté un objectif de stage :
  • Objectif : Danser le  pinguiss (compétence 10).
  • Moyens de réalisation : s’inspirer de la pratique des professionnels (de 10 ans nos cadets) du domaine.

NB : Désolé Monsieur Boraley (responsable des stages à l’étranger), la « taxonomie HES » n’existe pas au Cameroun :-)

jeudi 28 juin 2012

Ça roule au paradis

Vendredi se déroule la fête des enfants de chœur de la paroisse de Ngaoundal. Chaque enfant doit apporter quelque chose pour le repas de cette fête : farine, œufs, pâtes, sauces, bananes et autres préparations, tout est bon pour faire la fête ! Nos talents culinaires faisant des émules, la Sœur responsable de ce groupe d’enfants nous a demandé de faire des gâteaux avec de multiples matières premières. Mais il nous fallait d’autres ingrédients, raison pour laquelle nous sommes descendus au village. Mais avant tout, notre curiosité nous a poussés à aller voir ce qui se passait derrière notre habitation. Et bien, voici un avant-goût du petit paradis de derrière chez nous.

C'est pas beau ça?
La flemme s’est emparée de nous et nous avons voulu prendre une moto-taxi (moyen de transport local le plus utilisé et celui causant aussi quelques arrivées de patients au dispensaire…). Malheureusement, nous n’avons trouvé personne et nous sommes descendus à pieds (pour le bonheur de nos parents qui ne sont pas trop rassurés par notre idée). Et bien chers parents, nous sommes désolés de vous apprendre que notre retour s’est bel et bien fait en moto, Sonam et Aurélien sur la même (conducteur non compris). Bien qu’un peu tendus (surtout Aurélien) à cause des routes quelque peu défoncées, c’était incroyablement génial ! A remettre au plus vite !

On a l'air un peu con mais on est bien heureux ;-)

lundi 25 juin 2012

Le lundi au soleil

Journée remplie en patients dans les 2 services. Sonam a pu pratiquer l’art de la suture deux fois. Elle remercie d’ailleurs Papa Cornut de lui avoir appris le fameux point de Donati et Maman Cornut d’avoir prêté ses gigots pour s’y entraîner. Et 15 points de suture pour le motard qui transportait 100kg de riz sur sa moto !

Pendant ce temps, Aurélien essaie tant bien que mal de faire comprendre aux patientes qu’elles guériront uniquement si elles veulent bien répondre à ses questions. Il remercie, au passage, Maman et Papa Ducry pour les gènes « faut que je leur dise ce que j’pense ! » qu’ils lui ont transmis.

Nous avons remarqué que les femmes ont beaucoup de mal à parler de certaines de leurs affections, même en face des professionnels soignants. Nous avons, bien des fois, dû interpréter leurs signes de tête ou approbations discrètes. Les hommes, quant à eux, sont moins réservés sur le sujet.

Au final, nous avons passé un « lundi au soleil, quelque chose que vous n’aurez peut-être jamais » (Claude, si tu nous regardes).